Voila, mardi 20 juin 2006, -M- est venu chater en companie de ses fans!
Voici le résumé de cette conversation :
"C'est très français d'être gêné par le succès"
-M-, chanteur, était notre invité lors d'un tchat le 20 juin. Voici la retranscription de sa discussion avec les internautes.
Gribouille : N'es-tu pas las qu'on te pose toujours les mêmes questions du type feras-tu un prochain album en -M- ou alors sous le nom de Matthieu Chédid ?
-M- : Gribouille, c'est la question qui revient tout le temps. Oui, je reste en -M-. Tout ça reste confus pour l'instant. Mais je ne compte pas quitter mon personnage pour l'instant.
Laurent Grino : Avez-vous choisi de vous appeler -M- pour combattre une certaine timidité ou pour vous démarquer de la notoriété de votre père ?
-M- : Un doux mélange des deux... C'est avant tout un prétexte pour jouer avec l'image, avec les sons, les symboles, etc.
capucine : Qu'est-ce que tu fais pour la Fête de la Musique ?
-M- : Je risque de retrouver mes amis à la Maroquinerie. Mais c'est pas sûr !
marco81 : Tu suis l'équipe de France de football ? Quel est ton pronostic ?
-M- : Je ne suis pas très foot, mais j'ai eu la chance récemment de rencontrer Bixente Lizarazu. Il m'a d'ailleurs fait un gros cadeau, puisque j'ai assisté à son dernier match à Munich. Ce genre de moments font aimer le foot. J'aime les joueurs qui rendent le ballon intelligent !
steph : Matthieu, je suis gênée de voir autant de produits dérivés : tee-shirt, porte-clef, jeu Internet... N'as-tu pas peur de vendre ton âme en même temps que des gadgets ?
-M- : Tous ces objets sont inspirés par la demande. Et puisque j'aime faire plaisir, j'imagine des objets qui me ressemblent. Ce n'est qu'un plus. Il est vrai que je peux trouver ça dérisoire, anecdotique, mais tant que ça fait plaisir, pourquoi pas ?
Bulle : Beaucoup de marketing, de jolis costumes griffés, des éditions collector à n'en plus finir, une coiffure ultra impec', des concerts sans surprise (sauf le duo final avec Segal à Bercy, quel bonheur !)... Où est passé le type mal coiffé en costume hyper kitsch qui chantait des trucs géniaux ? J'ai la nostalgie du Baptême, tout ce rose m'ennuie...
-M- : Bulle, je comprends ta nostalgie du cool, mais ce rose était à l'image de ma vie. Il y a une vraie cohérence, malgré tout. Ce rose a pu m'écoeurer aussi un peu. Tous ces concerts ont pu faire peur aux amateurs du Baptême. Mais c'est comme la vie, il faut rester en phase.
a fleur de M : Pourquoi ne laisses-tu pas place à une petite place à l'improvisation dans tes concerts ?
-M- : Es-tu venu(e) à un concert déjà ?
Calhoun : Je trouve que certaines de vos sonorités développées sur les disques, ainsi que vos mises en scènes lors des concerts s'inspirent en partie de ce qu'a fait Prince dans les années 80. Assumez-vous cette comparaison et quel regard portez-vous sur Prince aujourd'hui ?
-M- : Prince, pour moi, reste un des plus grands show-men. J'ai eu la chance de voir un after-show il y a deux ans environ, au Bataclan. Ca a été un choc de voir autant de perfection et de décontraction. La maîtrise de toutes les disciplines. C'est donc une référence, même si je n'ai pas le sentiment de lui rendre hommage à mes concerts. Si c'est le cas, c'est inconscient.
Lunatik : Est-ce qu'il est vrai que vous travaillez maintenant avec Vanessa Paradis ?
-M- :Il est vrai que l'on se voit de temps en temps, mais pour l'instant, rien de très concret. Cela me met mal à l'aise de parler d'album ou de quoi que ce soit. C'est au-delà de ça. Nous sommes amis. Il s'agit plus d'un partage entre potes.
Teo : Comment te situes-tu par rapport à la "nouvelle chanson française" qui paraît plus intimiste, plus réaliste alors que ton personnage de -M- joue plus avec l'imaginaire ?
-M- : Faut-il forcément faire des comparaisons ? J'ai toujours détesté la compétition dans ces métiers d'utopie si difficiles. Je suis de plus en plus passionné par l'image, l'envie de créer du rêve, de laisser parler l'inconscient, tout en restant très instinctif, ne rien laisser au hasard. Je ne concevrais pas une tournée sans un concept, un univers. C'est ce qui peut me différencier de ces chanteurs, souvent amis, qui se suffisent à eux-mêmes. J'ai souvent cette peur d'ennuyer. Moi-même, en tant que spectateur, j'ai besoin qu'il se passe beaucoup de choses sur scène pour me stimuler. J'ai souvent réagi par frustration. Je pousse souvent les musiciens à prendre conscience de leur image, à s'icônifier, trouver leur clown, leur fantaisie, mettre en forme leurs rêves cachés.
Xavier : Je suis impressionné par l'impact que tu as auprès des jeunes, notamment en concert, et comment un geste fait vibrer une salle entière... Pourquoi ne pas en profiter pour lancer des messages anti-racistes, anti-homophobes... même s'ils sont aussi dans tes textes ?
-M- : C'est un jeu dangereux. On enfonce souvent des portes ouvertes. C'est tellement facile d'être contre les cons... Il me paraît plus efficace de lutter discrètement. Mon père a fait ça bien avant moi, et tellement bien ! Mon combat est souterrain. J'aimerais qu'il touche plus au subconscient que d'une manière concrète.
Tof : Que faisais-tu à Cannes lors du festival, sachant que tu le considères comme "Le Festival de Connes" ? Remarque, il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis...
-M- : J'ai eu la possibilité de vivre Cannes avec tous ses clichés, toutes ses fêtes. Ce sont deux projets dont je suis très fier qui m'ont amené là-bas : le film de Guillaume Canet "Ne le dis à personne", dont j'ai fait la musique, et un film d'animation de Bibo Bergerot, "Un monstre à Paris" pour lequel je prête ma voix à un des personnages. Et je fais également les chansons du film. Sinon, j'ai toujours ce sentiment de vide dans ces endroits pleins de paillettes. Mais je n'ai pas l'impression de me pervertir puisque je reste totalement moi-même.
Nicolle : Quel sera ton rôle dans la comédie musicale Le soldat rose ? Seras-tu interprète ou composes-tu avec ton père les chansons ?
-M- : Ce conte musical pour enfants a été écrit par mon père. Il a composé toutes les musiques . Plein d'interprètes ont participé à cette belle aventure. Je suis très fier aussi de ce projet. J'incarne donc le soldat rose. Ca a été très émouvant de chanter des chansons de mon père. D'ailleurs, j'ai l'impression d'avoir chanté différemment, qu'une émotion particulière s'est échappée de moi.
Aparté : c'est vachement plus dur de s'exprimer par écrit, malgré les mains expérimentées de Mireille, notre dactylo... Ne m'en voulez pas de ces réponses parfois mal formulées.
domenico : Il y a des influences très "hendrixiennes" dans tes solos et dans ton son de guitare de manière générale. Avec qui as-tu appris à jouer de la gratte ?
-M- : Merci pour cette question. Je vais pouvoir parler encore une fois de Christian Sanchez, professeur de quartier qui, entre 14 et 16 ans, m'a initié à la guitare électrique des années 60-70. Il m'a fait découvrir la plupart des guitar-heroes qui me hantent encore aujourd'hui. Hendrix en premier lieu, mais aussi beaucoup Jimmy Page, Jeff Beck, David Gilmour. Et par la suite, Prince, Johnny Guitar Watson, George Harrison. La liste est longue.
bonito : Allez-vous continuer vos leçons de musique sur DVD ?
-M- : Le moteur de ce projet est ma soeur. C'est elle qui a eu cette envie et qui développe une collection de leçons de musique, puisqu'elle en a sorti un deuxième avec les chansons de Georges Brassens expliquées par Leforestier, et qu'elle est sur plusieurs projets. On ne sait jamais, il est possible que j'en refasse d'autres. Mais rien de prévu pour l'instant.
Bartok : Que penses-tu du retour de Polnareff en France l'année prochaine ? De la concurrence à l'extravagance de -M- ?
-M- : Merci pour cette comparaison ! Ce retour est mystérieux, comme Michel. J'ai très envie d'être dans la salle. Je ne sais pas du tout ce qui nous attend. C'est drôle que tu poses cette question, car je me disais secrètement tout à l'heure que ce serait quand même un grand kif de faire un petit jam avec lui sur scène. Si quelqu'un peut passer le message...
doj : Penses-tu faire de la musique pop et que penses-tu de ce terme ?
-M- : Toutes les étiquettes ne veulent pas dire grand-chose. Qu'est-ce que le rock ? Qu'est-ce que la pop ? Même le jazz d'aujourd'hui n'a pas la même couleur et le même goût. On me demande souvent : c'est quoi ton style ? Je pense qu'un artiste, c'est un son, un style plus qu'un genre. J'ai toujours préféré dire : je fais du Rita Mitsouko, du Gainsbourg, du Bowie, plus que de la pop. Si pop veut dire populaire, je ne suis pas contre. Je n'aime pas les élitistes. Il n'y a rien de plus beau que de toucher à l'universel.
*LoOnA* : Ce timbre de voix si particulier que tu possèdes, le travailles-tu tu autant que la guitare ? Et comment ?
-M- : Encore ce matin, en commandant un taxi, on m'a répondu : oui, madame, entendu ! Il arrive dans cinq minutes. Ma voix, je ne la cultive pas. Il est vrai que plus je chante, mieux je chante. Malgré tout, je me sens beaucoup plus guitariste, musicien, que chanteur. C'est la guitare qui inspire le plus ma voix. Une amie m'a fait prendre conscience que je chantais comme ma guitare.
gregdizer : Vincent Segal parlait de son hésitation à participer à ta dernière tournée vu les proportions qu'elle prenait. Qu'en sera-t-il prochainement pour lui et les autres musiciens ?
-M- : Vous feriez quoi à ma place ? Si vous voulez, à ma prochaine tournée, je jouerai trois soirs à l'Olympia et ferai le tour de France dans les petites salles. Cela ne me pose aucun problème. D'ailleurs, en ce moment, je joue discrètement dans les lieux publics, gares, aéroports, etc. C'est très français d'être mal à l'aise avec le succès.
-M- : Mais il est très possible qu'il s'estompe, et dans ce cas, Vincent Segal sera ravi. Malgré certaines concessions, je pense que Vincent, ainsi que tout le groupe, a profondément aimé cette expérience, tellement extrême, tellement puissante, toujours humaine.
Sarah (llyane) : Tu as effectué un voyage en Afrique dans le cadre du festival Paris-Bamako. Pourquoi ?
-M- : Pour plusieurs raisons. Mon envie de découvrir l'Afrique noire, de partager des moments musicaux avec Amadou et Mariam, Tiken Jah Fakoly, Ba Cissoko, et plein d'autres. D'ailleurs, ce voyage a été un des plus marquants dans ma vie, comme une réponse aux choses les plus essentielles. Il ne serait pas étonnant qu'il y ait des réminiscences maliennes dans mes prochaines chansons...
Fan Tomas : Tu es très tactile avec tes fans, notamment quand on te demande des photos, tu n'hésites pas a prendre les gens à bras ouverts. Est-ce que tu te sens un peu obligé d'avoir des gestes tendres avec ceux qui t'aiment ?
-M- : Si je me sentais obligé, ça se sentirait. C'est qu'une histoire de sens. Je n'aime pas les sens uniques, et j'aime les gens, donc tout ça est très naturel. C'est une manièrz de remercier la vie. Toutes ces énergies que l'on partage et qui nous font vivre. Puisque nous arrivons à la fin de ce tchat, je profite de cette occasion pour laisser un petit mot aux membres de mon site "Qui2nous2". Je voulais vous dire que malgré ma présence fantomatique (car il est bon et indispensable de se déconnecter de ce monde virtuel et de mon personnage -M- pour mieux le réinventer), je suis toujours très touché et même surpris de voir autant d'intérêt, même d'animosité parfois, liés à mon personnage, à ma personne. Malgré ce succès encore présent, je reste toujours bouche bée face à cet intérêt que vous me portez. Vous êtes le reflet de -M-. J'ai toujours une affection particulière pour les amateurs de la première heure, car on sent que -M- leur a échappé, comme il m'échappe un peu d'ailleurs. C'est très humain de ressentir ça. D'ailleurs, je vous promets que je change de couleur pour mon prochain disque !
Merci à vous tous pour toutes ces questions. Bonne Fête de la Musique demain ! Et si quelqu'un vous dit que je suis à la Maroquinerie, dites-lui que c'est une rumeur. A bientôt !